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N°35 // Avril 2017

  • AVANT-PROPOS

Présente au nord de l’Irak depuis 2013, Triangle Génération Humanitaire développe désormais sa présence dans la région en s’implantant au Liban et en Syrie

Peu d’entre nous se souviennent de ce qu’ils faisaient lorsqu’ont débuté les conflits en Irak (2003) ou en Syrie (2011). Pourtant, nous sommes tous familiers des arguments – que nous avons parfois nous-mêmes utilisés – sur l’opportunité d’intervenir ou de ne pas s’ingérer, ou sur l’attitude à adopter ou non face à des flux migratoires sans précédent.

Douze millions de personnes réfugiées ou déplacées, des centaines de milliers de morts, sans même qu’un chiffre exact puisse être donné… la sentence des chiffres est lisible : la question irakienne, et sans doute plus encore syrienne, vont accompagner la vie de chacun de nous dans les dix, quinze ou peut-être vingt prochaines années, quelle que soient la nature ou le niveau de notre engagement.

En tant qu’acteur professionnel de la solidarité internationale, TGH est de plus en plus mobilisée sur les conflits du Moyen-Orient. Présente tout d’abord au Kurdistan Irakien, puis au nord-est de l’Irak en réponse à l’urgence née des combats autour de Mossoul, TGH développe aujourd’hui sa présence dans la région en s’implantant au Liban et en Syrie, où elle espère être très prochainement autorisée à travailler.

Keiko Cornale (Irak) et Serge Gruel, nos deux représentants dans la région, témoignent.

LIBAN ET SYRIE

Ouverture d’un bureau régional à Beyrouth (Liban)

En réponse à une invitation officielle du Président du Croissant Rouge arabe syrien (SARC), Patrick Verbruggen – codirecteur de TGH – et Serge Gruel se sont rendus à Damas en septembre 2016 pour une première visite de 48 h, avec pour objectif de présenter l’association, son mandat et ses activités aux responsables du SARC et valider la possibilité d’intervenir en Syrie. A l’issue de cette rencontre, le Président du SARC a confirmé son intérêt pour TGH et s’est engagé à intervenir auprès du ministère des Affaires Etrangères syrien (MoFA) pour lancer les démarches d’enregistrement.

Derrière ce feu vert officiel se profile la stratégie de développement de TGH dans la région du Proche-Orient. En avril 2017, où en est-on ?

Serge Gruel, coordinateur régional à BeyrouthSerge Gruel, coordinateur régional à Beyrouth – Liban
Photo : TGH ©

Entretien avec Serge Gruel, coordinateur régional, installé depuis mi-janvier à Beyrouth

Quel est l’objectif de ta présence à Beyrouth ?

Il est double. Il s’agit d’abord de finaliser l’enregistrement auprès du Croissant Rouge arabe syrien qui coordonne les opérations humanitaires des ONG internationales en Syrie depuis 2008. L’attente de ce feu vert nécessite une présence permanente sur le terrain : nous devons être pugnaces, focalisés et maintenir une communication fonctionnelle et régulière afin de répondre aux demandes des autorités syriennes (MoFA). Dernièrement, nous avons dû effectuer une présentation de nos actions humanitaires de soutien à la population réfugiée syrienne au niveau régional (programme éducatif au Kurdistan irakien, ouverture d’un bureau régional au Liban afin de soutenir les populations libanaises et syriennes affectées par la crise syrienne). La durée moyenne pour obtenir un enregistrement officiel est de 8 à 10 mois, c’est un long processus.

Le second objectif est de développer un partenariat avec l’ONG libanaise AMEL Association International. Créée en 1979 et très reconnue au Liban, AMEL intervient dans les domaines de la santé, du psychosocial et de l’éducation, de la formation professionnelle, et en soutien aux projets à destination des femmes.

A l’invitation de Joseph Dato (Humacoop), je me suis rendu aux Etats Généraux de l’Humanitaire fin 2015 à Grenoble, où j’ai rencontré le Dr. Kamel Mohanna, Président fondateur d’AMEL. Lors de notre échange, le Dr. Kamel a invité TGH à venir au Liban pour développer ensemble un partenariat « d’égal à égal ». Au-delà d’une réponse humanitaire commune, en soutien aux familles syriennes et libanaises affectées par cette crise régionale majeure, cette collaboration permet de bousculer le rapport nord/sud entre ONG qui prend peu ou difficilement en compte la capacité opérationnelle et de gestion des ONG du sud. Cette vision d’un fonctionnement plus équitable et d’une reconnaissance de ces ONG correspond à l’approche que porte TGH dans sa démarche partenariale.

AMEL et TGH partagent les mêmes valeurs, ont des budgets similaires et des secteurs d’activité sensiblement identiques. Cette similitude favorisera les échanges sur l’approche opérationnelle et la pratique, et les différences entre nos domaines d’activités permettront un enrichissement mutuel. Ce partenariat « d’égal à égal » est une chance et un défi que nous voulons relever ensemble, et aussi une possibilité concrète pour TGH de proposer une réponse humanitaire régionale sur une crise installée qui durera plusieurs années.

Serge Gruel, coordinateur régional à BeyrouthGroupe de discussion avec des familles réfugiées syriennes, district de Hasbaiya – Liban
Photo : TGH ©

Quelle est la nature du projet avec AMEL ?

Le premier projet porte sur les secteurs Education et Livelihood (moyens de subsistance) sur une composante agricole. Nous avons délimité ensemble une zone d’intervention où AMEL opère dans l’éducation non formelle au sein de camps informels et temporaires, afin de proposer une activité complémentaire à leur action. Les camps ciblés sont installés dans les districts de Marjayoun et d’Hasbaiya (Gouvernorat de Nabatieh). Frontalière de la Syrie et d’Israël, cette zone rurale et agricole accueille quelques centaines de familles réfugiées syriennes depuis plusieurs années. Tandis que les ONG internationales visent en priorité les zones de concentration plus importante de réfugiés syriens (région Bekaa par exemple). Le VASyR (Vulnerability Assessment of Syrian Refugees 2016) fait pourtant état d’une augmentation significative du pourcentage d’insécurité alimentaire entre 2015 et 2016 dans ces régions rurales du Gourvenorat de Nabatieh. Actuellement, je finalise une évaluation sur ces zones et thématiques afin de confirmer précisément les besoins des populations.

Logo-Amel-Association

Quels sont les développements envisagés ?

Les besoins humanitaires en Syrie sont énormes sur l’ensemble du pays. Sur une population estimée à 22 millions d’habitants avant le conflit, plus de 4,8 millions sont aujourd’hui réfugiés dans les pays limitrophes, et plus de 6,3 millions sont déplacés internes. En Syrie, 1,7 million d’enfants ne sont plus scolarisés et plus de 13,5 millions de personnes sont considérées en besoin d’assistance humanitaire, soit plus de 50% de la population totale. C’est une crise majeure. Le positionnement de TGH en Syrie, discuté avec le Croissant Rouge en septembre dernier, est une réponse humanitaire dans les domaines de l’Eau, Hygiène et Assainissement et dans l’Education. Nous définirons plus précisément les actions et zones d’intervention une fois enregistrés en Syrie.

Le Liban accueille 1,5 million de réfugiés (dont 1,1 enregistrés auprès du HCR¹), soit une augmentation de 30% de la population libanaise, impactant de fait les services de base et fragilisant le pays.

Depuis plusieurs mois, nous étudions avec AMEL l’option de soumettre un projet en partenariat sur un financement MADAD² pour répondre au niveau régional aux besoins de la population syrienne affectée par cette crise. C’est un projet important, pluriannuel et en consortium, qui cible Education et Livelihood.

¹ Agence des Nations Unies pour les Réfugiés
² Financement mis en place en 2014 et géré par la Commission Européenne

KURDISTAN IRAKIEN

Education et protection des enfants au Kurdistan irakien

Keiko Cornale, cheffe de mission basée à Erbil, est en charge de piloter les programmes de TGH, principalement axés sur la protection de l’enfance et l’éducation. Elle s’assure que les équipes ont les moyens nécessaires pour mener à bien les actions sur le terrain, et transmet les informations nécessaires aux financeurs des projets et aux partenaires et institutions en lien avec TGH.

Interview de Keiko Cornale – cheffe de mission au Kurdistan irakien

Keiko Cornale, cheffe de mission à Erbil – Kurdistan irakienKeiko Cornale, cheffe de mission à Erbil – Kurdistan irakien
Photo : TGH ©

Quelles sont les actions de TGH au Kurdistan irakien ?

Concrètement, les programmes que nous appelons « réguliers », notamment dans le gouvernorat d’Erbil où nous travaillons avec des réfugiés syriens et des déplacés irakiens de 2014. Nous œuvrons principalement dans la protection de l’enfance et dans l’éducation, soit par une assistance en « cash » aux familles les plus vulnérables pour leur permette de couvrir les frais de transport des enfants vers l’école, soit par des activités diverses comme par exemple dans la zone de Bardarash, où nos équipes mobiles circulent en bus de localité en localité, et proposent des activités d’appui psychosocial pour les enfants déplacés et des cours de rattrapage et de soutien scolaire.

En parallèle, en raison de l’offensive militaire lancée en octobre 2016 à Mossoul, nous avons développé un volet urgence dans les camps de déplacés pour mener des actions de protection de l’enfance et d’éducation en urgence. Dès leur arrivée dans les camps de déplacés, nous leur apportons les premiers secours psychologiques (Psychological first aid) afin de leur permettre d’avoir un premier débriefing émotionnel et de leur apporter les informations nécessaires sur les services disponibles dans le camp. Nos travailleurs sociaux identifient les enfants à risque et les enfants non accompagnés ou séparés. Ceux-ci peuvent rejoindre le Child Friendly Space, qui organise quotidiennement des activités récréatives et de soutien psychosocial. Ils prennent ainsi confiance dans leur nouvel environnement et participent par la suite à des activités d’éducation non formelle (cours de rattrapage ou d’alphabétisation).

Avec la libération progressive de Mossoul, les enfants vont-ils pouvoir retourner à l’école ?

Il faut savoir que nous parlons ici d’enfants qui ont passé deux ans ou plus en dehors de l’école, en dehors de tout système éducatif et d’environnement récréatif et ludique. Aujourd’hui, il y a bien une volonté du ministère de l’Education irakien de rouvrir les écoles. Les cours reprennent, les écoles ouvrent dans les zones nouvellement libérées, les professeurs sont recrutés. Cependant, ces enfants ont besoin d’un petit coup de main, d’un appui supplémentaire, pour réintégrer l’éducation formelle.

L’éducation en urgence soutient cette transition, pour que les enfants puissent se réinsérer aussi bien socialement que d’un point de vue éducatif dans le système formel de l’éducation.

Session de sensibilisation sur les Droits de l'Enfant à Turcomas – Kurdistan irakienSession de sensibilisation sur les Droits de l’Enfant à Turcomas – Kurdistan irakien
Photo : TGH ©

TGH participe également à la réunification des familles séparées lors de leur déplacement. Comment se déroule ce processus ?

Pour la réunification des enfants non accompagnés ou séparés, nous travaillons avec l’équipe du Camp Management (qui gère le camp en général), la Cellule de Crise du gouvernement irakien (structure étatique en charge de la crise), et les différentes organisations spécialisées en protection de l’enfance intervenant au Kurdistan (dans et hors des camps). La première étape est d’obtenir le plus d’informations possible sur l’enfant, sa ville ou quartier d’origine, ses parents et la situation qui a porté à la séparation. Cette collecte d’informations se fait au travers de discussions avec l’enfant mais aussi avec les personnes arrivées en même temps que lui et/ou provenant de la même zone. Grâce à cela, nous identifions l’endroit où se trouve la famille et essayons d’établir un contact. Ensuite, plusieurs cas sont possibles.

Souvent, la séparation a eu lieu durant le déplacement et la famille est dans un autre camp. Dans ce cas, nous contactons les points focaux en protection de l’enfance des camps où se trouvent les familles afin de préparer la réunification. Ensuite, nous passons par le Camp Management des deux camps afin d’organiser le transfert. Dans d’autres cas, la famille peut encore être à Mossoul. Le délai est alors allongé, car des autorisations spéciales sont nécessaires pour une réunification. Après nous être assurés au préalable que cela est dans le meilleur intérêt de l’enfant, nous sommes en lien constant avec le Camp Management et la Cellule de Crise qui font partie du comité autorisant les sorties du camp. A l’inverse, quand une famille veut venir au camp, les démarches sont beaucoup plus simples. Enfin, dans le cas où une partie de la famille ayant fui ISIS en 2014 est installée ailleurs, comme à Erbil, Dohuk ou Kirkuk, il faut être sponsorisé¹ pour faire la demande de réunification hors camps. Cela prend plus de temps, notamment à cause des contrôles de sécurité.

Bien sûr, ces processus ne se font pas en une nuit. De manière globale, la collaboration avec le Camp Management, la Cellule de Crise du gouvernement et les autres ONG sur le terrain nous permet d’aboutir. En mettant en avant les besoins des enfants de retrouver leur environnement familial, nous essayons d’être un levier entre ces deux instances.

¹ Cela signifie qu’une personne vivant en dehors du camp doit se porter garante de celle qui souhaite le quitter.

Pour plus d’informations sur nos projets, voir la rubrique Nos actions sur le site de TGH.

En Bref…

Janvier 2017  :
En ce début d’année 2017, TGH a mis un terme à ses actions débutées en 2005 au Timor-Leste. Durant douze années, TGH aura mis en œuvre 17 programmes dans les domaines de l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement et de la protection des populations vulnérables.

17 janvier 2017 :
TGH organisait un nouveau Café humanitaire au café de la Cloche à Lyon 2ème. La rencontre sur le thème « Questions d’Humanitaire : Travailler en Ukraine » a réuni un peu plus de 70 personnes. Voir un extrait ici

18 janvier 2017 :
Pour la cinquième année consécutive TGH a pris part au Forum des Métiers organisé par Sciences Po Lyon.

13 février 2017  :
A la suite de recrudescence des tensions à l’est de l’Ukraine, TGH publie un communiqué de presse pour annoncer sa contribution aux efforts engagés par les organisations humanitaires en vue d’atténuer les conséquences du conflit sur les populations.

21 février 2017 :
TGH a participé à un stage avec l’équipe de football Lyon Duchère AS. Les jeunes sportifs du club ont pu discuter des actions de TGH au Congo Brazzaville et préparer la distribution de colis de matériel sportif et scolaire pour les enfants de Brazzaville.

1er mars 2017 :
TGH a pris part à la conférence « La guerre en Ukraine : enjeux stratégiques, diplomatique et humanitaires » organisée par l’Université Lyon 2. Une centaine de personnes étaient présentes à la rencontre. Si vous n’avez pas pu y assister, il vous est toujours possible de la revoir ici ou d’en avoir un aperçu en images.

3 mars 2017 :
TGH a participé au Forum de rencontres de professionnels organisé par le réseau national d’étudiants ENACTUS, à Lyon.

8 mars 2017 :
Dans le cadre de la journée mondiale des droits des femmes, TGH et ses partenaires au Kurdistan irakien – le Norwegian Refugee Council (NRC), Judy Organisation for Relief and Development (JORD) et l’organisation suédoise Qandil – ont organisé des sessions de sensibilisation sur la protection juridique des femmes et contre les violences basées sur le genre.

8 au 10 mars 2017 :
TGH a participé à la 16ème édition du Forum des ONG de l’institut Bioforce à l’occasion duquel des stagiaires ont pu rencontrer et échanger avec des membres de notre équipe.

16 mars 2017 :
A la maison du tourisme de Grenoble, TGH a participé à la conférence « La communication des ONG : à quel prix ? » organisée par les associations Idées et Humacoop.

3 avril 2017 :
TGH a participé à la conférence « La localisation de l’aide et l’application des principes humanitaires : Défis et Perspectives » organisée par l’Institut Bioforce et la revue Alternatives Humanitaires.

8 avril 2017 :
TGH a participé au colloque « L’humanitaire : s’adapter ou renoncer » organisé par le Diplôme Universitaire d’Action humanitaire de la Faculté de médecine de l’Université de Bourgogne, à Dijon.

Café humanitaire

A venir

CAFE HUMANITAIRE

 » Le mardi 2 mai à 19 h au Café de la Cloche à Lyon 2ème, nous organisons notre troisième Café humanitaire sur le thème :
« Questions d’Humanitaire : Travailler au Kurdistan irakien »

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Dans cette newsletter n°32 nous donnons la parole à Nilesh Nakarmi, coordinateur du programme que nous menons conjointement avec notre partenaire népalais ARSOW. Nous évoquons les élections présidentielles qui se sont tenues en République Centrafricaine en février dernier et enfin notre programme de réduction de la malnutrition dans le Darfour au Soudan.

NEPAL

Nilesh Nakarmi, Coordinateur Triangle Génération Humanitaire-ARSOW sur le projet de Kavrepalanchok, financé par la Fondation de France, les agences de l’eau RMC et Adour-Garonne et le fonds d’urgence de la Région Rhône-Alpes.

Nilesh Nakarmi
Nilesh Nakarmi
Photo : TGH ©

Depuis l’obtention de mon diplôme en physique, j’ai commencé à être engagé dans le domaine de la solidarité et notamment dans des organisations humanitaires et des forums publics. J’ai ensuite réalisé un post-doctorat en sociologie à l’Université de Tribhuvan (Népal). Durant cette période d’étude, j’ai activement contribué à la création d’une organisation de solidarité en lien avec la jeunesse (Kirtipur Volunteer Society) au sein de ma ville natale. Cette organisation a été créée en 2005 et son objectif majeur est de créer une plate-forme pour les jeunes leur permettant ainsi de partager leurs connaissances et compétences, tout en se formant dans le secteur du développement communautaire. Je suis ensuite devenu président de cette organisation où j’ai beaucoup appris. J’ai eu la chance de travailler avec divers acteurs tels que des organismes gouvernementaux et des ONG nationales et internationales.

Depuis trois ans, je travaille avec l’Association For Rural Social Welfare Nepal (ARSOW-Népal) en tant que coordonnateur de projet financé par le Fonds de Réduction de la Pauvreté. Le projet vise à améliorer la condition socio-économique des personnes marginalisées, désavantagées et pauvres en milieu rural, et ce, grâce à la mobilisation communautaire, aux activités génératrices de revenus, au développement des capacités et au développement des infrastructures.

Nepal
Distribution de kit d’hygiène
Photo : TGH ©

Suite aux deux tremblements de terre dévastateurs d’avril et mai 2015, Triangle Génération Humanitaire a voulu lancer, en partenariat avec ARSOW-Nepal, des actions d’urgence en faveur des communautés affectées par les séismes de trois villages du district de Kavrepalanchok. Mon expérience passée dans le secteur humanitaire (en particulier dans la gestion des catastrophes) m’a motivé à postuler en tant que coordinateur de projet.

En tant que coordinateur de projet, mes missions sont diverses. Je participe à la planification du projet, à la gestion de l’équipe-projet, à la coordination et à la participation des organismes gouvernementaux, à la mobilisation communautaire, etc. Ce projet est d’autant plus intéressant que nous avons dû faire face à différents défis dans sa mise en œuvre. Le Népal a notamment fait face à un blocus pendant pratiquement 5 mois, qui a ralenti la réalisation de certaines activités, notamment en raison d’une pénurie d’essence, de gaz et à l’inflation des prix des matériaux de construction ou à leur indisponibilité sur le marché.

Le projet mis en œuvre est basée sur les besoins exprimés par les communautés. Par conséquent, nous avons amendées les activités prévues initialement afin de répondre aux évolutions des besoins des populations. L’implication des communautés dans la conception du projet est chronophage mais elle permet une approche participative menant à davantage de pertinence. La flexibilité des bailleurs de fonds, qui ont accepté l’ensemble des amendements proposés, a permis d’adapter nos actions aux besoins réels et par conséquent d’avoir une perception favorable de la part des populations.

Travailler avec TGH est pour moi très motivant. Les stratégies et procédures adoptées dans la phase de mise en œuvre du projet sont efficaces et appropriées. Nous travaillons dans un environnement convivial où chacun peut exprimer son point de vue quant à la mise en œuvre du projet. Il y a encore beaucoup à faire pour les communautés affectées par les séismes et j’espère que nous pourrons poursuivre nos actions. Merci à TGH et ARSOW de m’offrir la possibilité de travailler avec ces personnes, avec lesquelles j’ai beaucoup appris.

Nilesh Nakarmi, Coordinateur au Népal

REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

2016 : L’espoir d’une sortie de crise pour la Centrafrique ?

Certains ont bravé la peur, le danger et la crainte d’une attaque pour se rendre aux urnes ; ils étaient plus de 2 millions d’électeurs recensés à l’échelle nationale en décembre 2015. Le 14 février 2016, le peuple centrafricain à élu son nouveau président : Faustin Archange Touadéra, avec près de 62% des voix contre 37% pour son adversaire Anicet Georges Dologuele.

Faustin Achange Touadéra
Faustin Achange Touadéra se rendant aux urnes pour le second tour des élections présidentielles – 14 février 2016
Photo : TGH ©

C’est l’une des clefs de sa victoire. Faustin-Archange Touadéra a réussi, très rapidement après le 1er tour de la présidentielle, à rallier à sa cause une vingtaine de candidats. Il a également obtenu le soutien du grand perdant du premier tour, Martin Ziguélé et de l’ancien ministre Karim Meckassoua.

Surnommé « le candidat du peuple », il aura la charge de redresser un pays meurtri par 3 ans de violences sans précédent.

Depuis 2012,  la crise que subit la RCA à eu des effets dévastateurs sur l’ensemble du territoire : mouvements de déplacements de population en masse, cycle de violences intercommunautaires et banditisme exacerbé. En janvier 2016, plus de 2.35 millions de personnes sur près de 5 millions d’habitants ont encore besoin d’assistance humanitaire. Les enfants, notamment dans les zones rurales, on perdu plus de 2 ans de scolarité, 28% de la population vit dans un état d’insécurité alimentaire sévère et seulement 34% de la population en zone rurale bénéficie d’un accès à des points d’eau protégés.

En mai 2015, une sensible amélioration sécuritaire avait permis le retour de près de 200 185 personnes déplacées dans leur zone d’origine, mais les violences des mois de septembre et octobre de la même année ont confirmé l’extrême volatilité de la situation, avec de nouveaux déplacements enregistrés, notamment vers des sites qui étaient pourtant en phase de fermeture.

Campagne sensibilisation RCA Bambari
Sensibilisation aux bonnes pratiques d’Hygiène dans le camp de déplacés PK8 – Bambari
Photo : TGH ©

Alors qu’il avait débuté dans climat tendu et incertain, le référendum constitutionnel du 13 décembre 2015 a permis d’amorcer le processus politique et la fin du gouvernement de transition. Malgré les contraintes logistiques et sécuritaires, et avec le soutien des forces armées internationales déployées dans le pays, les deux tours des élections présidentielles se sont déroulés dans un climat apaisé et sans incidents majeurs. Le premier tour des élections législative a toutefois été annulé par la Cour constitutionnelle.

Les élections législatives et les résultats définitifs par l’Autorité Nationale des Élections termineront d’achever le processus de transition politique, moteur d’une redynamisation essentielle au relèvement du pays, et à une véritable sortie de crise.

Pour l’année 2016, TGH continuera d’appuyer les populations ayant besoin d’une assistance immédiate en Eau, Hygiène et Assainissement (EHA) et Sécurité Alimentaire, comme dans la préfecture de la Ouaka ou encore plus de 79 000 personnes vivent dans des camps de déplacés et où 18 000 sont accueillies chez des familles hôtes.

En Vakaga et à Bangui, l’organisation souhaite poursuivre ses efforts en matière d’Education/ Protection et de Sécurité alimentaire, via des projets soumis au Comité interministériel d’aide alimentaire (CIAA), au Fonds Commun Humanitaire (CHF) ou encore à l’Agence Française de Développement (AFD).

Camille Attias, Assistante Chef de mission en RCA

SOUDAN

Vers une réduction de la malnutrition chez les personnes à risque des communautés vulnérables du Darfour

Distribution d'intrants agricoles, localité de Geneina
Distribution d’intrants agricoles, localité de Geneina
Photo : TGH ©

TGH est présente et opérationnelle au Soudan depuis 2004. Elle mène des projets dans les domaines de l’Eau, l’Hygiène et l’Assainissement ainsi que la Sécurité alimentaire et Développement rural depuis son implantation dans le Darfour. Dans cette région, l’agriculture reste la principale activité génératrice de nourriture et/ou de revenu. Cependant au cours des récentes années, des phénomènes climatiques et/ou des conflits anthropiques ont contribué à impacter l’activité des agriculteurs.

Le projet suivant mené par TGH sur la période allant de mai 2015 à février 2016, vient ainsi en soutien aux populations déplacées et hôtes vivant dans le Darfour Central (localités de Bindizi, Mukjar et Um Dukhun) et l’Ouest Darfour (localité de Geneina). Il se fonde sur une enquête réalisée par TGH en octobre 2014 mettant en avant une sécurité alimentaire améliorée grâce à des facteurs externes favorables mais aussi à des choix opérants tels un effort de diversification de la part de TGH favorisant ainsi des cultures pluviales non céréalières (légumes, arachides) ou encore des espèces céréalières à cycle court. Ces choix ont mené à une hausse de la production agricole permettant à la fois une autoconsommation et une hausse du revenu des ménages grâce à la vente des récoltes. A travers ce projet, TGH tend à persévérer dans cette optique afin de favoriser la sécurité alimentaire à long terme dans les zones cibles. Il bénéficie ainsi du soutien du Comité Interministériel d’Aide Alimentaire (CIAA) et se ventile ainsi :

  • La constitution de filets de sécurité (« safety nets ») pendant la période de soudure afin de limiter l’impact de la hausse des prix des denrées alimentaires et l’inexistence des réserves familiales sur la situation nutritionnelle des foyers cibles. TGH met ainsi en place une distribution directe de biens alimentaires couvrant le moment le plus difficile de la période de soudure (2 mois). Elle sera combinée à une sensibilisation aux Pratiques Familiales Essentielles (« Key Family Practices ») à Bindizi, où TGH est la seule organisation menant ce type de sensibilisation qui vise à favoriser les pratiques quotidiennes qui contribuent à prévenir la malnutrition.
Distribution d'aide alimentaire aux ménages malnutris, localités de Bindizi/d'Um Dukhun
Distribution d’aide alimentaire aux ménages malnutris, localités de Bindizi/d’Um Dukhun
Photo : TGH ©
  • Le renforcement des capacités productives des familles ciblées permettant d’agir sur les causes de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition les touchant. Afin de limiter les cas récurrents de malnutrition (sévère et modérée) chez les enfants de moins de 2 ans et les femmes enceintes ou allaitantes et de participer au renforcement de leurs capacités de production, les foyers ont pu bénéficier d’une distribution de semences agricoles adaptées à leurs besoins et capacités. Dans le cadre de ces distributions, les familles ont bénéficié de quantités de semences supérieures à celles fournies par TGH dans le cadre d’autres programmes à visée plus générale, assurant leur propre consommation (millet, sorgho) ainsi que la production de cultures de rente (arachide,  sésame), permettant de couvrir leurs besoins en denrées alimentaires pour une période de 3 mois minimum, durée supérieure à la période critique de soudure.

Juliette ADOLPHE, Assistante desk des Missions Algérie, Kurdistan Irakien, Soudan