L’intégralité des articles de la newsletter Différence n°5 – Décembre 2016

Interview Noël MAYAN, Directeur Général du réseau des CMCA


Noël MAYAN, directeur Général
des CMCA en compagnie de
Christophe BRINDEL,
directeur du CICM

Noël MAYAN, Directeur général du réseau des Caisses Mutuelles de Centrafrique depuis décembre 2015 livre sa vision du réseau. Dans un pays en guerre, il a su s’adapter et développer ses compétences professionnelles. C’est en 2008 qu’il a intégré le réseau des CMCA en tant que juriste, puis a évolué dès 2010 en tant que Directeur de réseau. Le contexte local très tendu n’a pas permis de maintenir une assistance technique à Bangui.

Portrait d’un homme et d’un réseau résilient.
Quel est votre quotidien en tant que Directeur général des CMCA ?

Il est important de connaitre le contexte général du pays qui est confronté à des guerres successives et à une insécurité persistante. Les affrontements récents datent de 2012, et sont la conséquence d’une rébellion venue du nord en désaccord avec le président de l’époque François Bozizé. Les luttes entre chrétiens d’un côté et musulmans de l’autre n’ont eu de cesse depuis.

« En décembre 2015, le responsable du réseau du CICM et la responsable des Ressources Humaines avaient dû partir précipitamment, le contexte local devenant trop violent. Nommé Directeur Général Adjoint par interim, mon travail consistait alors à gérer le quotidien, à faire en sorte que les Caisses Mutuelles soient ouvertes aux sociétaires tout en assurant leur sécurité et celles des salariés. Nous vivions dans l’inquiétude pour chaque transport de fond et chaque ouverture de caisse en raison des risques de sécuritaires.
L’équipe de direction était alors embryonnaire. J’assurais les fonctions juridiques, commerciales et de gestion du personnel.
Grâce au CICM, nous avons pu constituer progressivement une équipe. Depuis janvier 2016 nous disposons d’un Comité de Direction constitué de 5 responsables d’activité. »

Malgré les crises politiques qui se succèdent, le CICM a maintenu son soutien, en le faisant évoluer pour l’adapter au contexte Centrafricain. Le partenariat a été modifié, en concertation avec les acteurs locaux et l’équipe du CICM à Paris.
Cette nouvelle convention renforce le rôle consultatif du CICM, qui intervient désormais à la demande des CMCA, pour assumer des formations et assurer une aide technique ponctuelle notamment dans les relations avec l’extérieur. Dernièrement l’ensemble du Comité de Direction a ainsi pu bénéficier d’une session de formation à Brazzaville sur le management. Ce fut également l’occasion d’échanger sur les pratiques managériales avec nos collèges congolais.

Dans la situation économique et politique décrite précédemment, quels sont les prochains défis des CMCA ?

Les CMCA représentent le réseau financier le plus important en Centrafrique. Nous avons davantage d’agences que les banques de la place et notre présence est capitale dans l’économie du pays. Implanté depuis 1994, le réseau couvrait initialement la totalité du territoire Centrafricain (25 caisses au total). Les crises récurrentes ont amené à fermer progressivement les caisses de province, la dernière fermeture ayant lieu en 2009. Depuis cette date, le réseau s’est recentré dans la ville de Bangui, la capitale.

En mai 2016, nous avons convoqué un « Conclave » rassemblant élus et salariés qui avait pour objectif de faire un point sur le passé et de se projeter dans l’avenir. Cette année a été riche ; de nombreux dossiers majeurs ont été menés de front : fusion des caisses, changement de dénomination.

Le défi majeur des années à venir est la consolidation financière du réseau. Nous avons dû prendre des décisions parfois difficiles en agissant notamment sur nos charges. Nous avons demandé des efforts salariaux aux employés et fusionné des caisses pour permettre la continuité de l’institution.

Malgré ces mesures difficiles, la confiance est demeurée et les sociétaires ont continué de nous confier leur épargne.

Nous développons également de nouveaux produits pour nous adapter à la demande de nos sociétaires. Nous allons notamment proposer un service de découvert autorisé.

Notre second défi est celui de la professionnalisation de nos équipes. Pour ce faire, nous travaillons actuellement à la rédaction d’un manuel des procédures qui sera validé par le Conseil d’Administration de la Fédération avant la fin de l’année.

Notre dernier chantier majeur est la maitrise de nos risques. Dans un contexte de forte mobilité des sociétaires liée à l’insécurité, notre taux de risque a explosé sur les dernières années. Il a atteint 54 % en 2014, ce qui mettait en danger les CMCA. Un travail de recensement, puis de traitement des risques a été mené en 2015 et 2016. Il a permis de réduire le taux de risque à 28%. Il a fallu distinguer les sociétaires qui avaient fui le pays, ceux qui étaient décédés, prioriser le recouvrement en fonction de nos garanties.

Pouvez-vous nous en dire plus quant au fonds fiduciaire européen BEKOU et l’impact sur le CMCA ?

Le fonds BEKOU a été initié par l’Europe en vue d’aider la Centrafrique. Cette aide regroupe différents volets comme la Santé, l’Education, les infrastructures publiques et également le redéploiement de l’activité économique.
La relance économique passe par la facilitation de l’accès des publics les plus pauvres aux services des Instituts de Microfinance. Plusieurs IMF sont concernées par ce fonds et les CMCA bénéficieront de ces aides en tant que partenaire bancaire privilégié et historique.

Les retombées de ce fonds sont multiples.

C’est un appui au réseau certain puisque nous pourrons bénéficier de fonds pour remettre en état et sécuriser nos agences voire même à rouvrir certaines caisses sur Bangui.

Nous pourrons obtenir des moyens informatiques et logistiques pour offrir de meilleurs services à nos sociétaires et améliorer les conditions de travail de nos salariés.

Le fonds doit également permettre de mettre en place un programme de formation à destination des salariés et de nos sociétaires. La mise en place du livre de procédures dont j’ai fait référence précédemment est en lien direct avec le fonds BEKOU. Les IMF doivent se professionnaliser par le biais de ce fonds.

Du point de vue commercial, le programme BEKOU va nous permettre de toucher une population nouvelle et de développer ainsi notre fonds de commerce. Le consortium des ONG partenaires du fonds BEKOU (Acted, Mercy Corps, DRC) va recenser les demandes de financement et nous proposera les dossiers viables. Cela devrait nous permettre d’accroître notre PNB tout en soutenant l’économie locale. Nous avons d’ailleurs prévu de renforcer notre service Engagement en vue de faire face à la recrudescence des dossiers.

A terme, le réseau des CMCA devrait solidifier plus rapidement ses fondamentaux financiers et pérenniser également l’emploi. Nous pourrons ainsi nous projeter à plus long terme dans l’avenir.

L’intégralité des articles de la newsletter Différence n°4 – Septembre 2016

Zoom sur le Partenariat avec la Fondation Dreyer

Le CMBF a signé une convention de partenariat avec la Fondation Dreyer en 2014, dans le cadre de la bancarisation des producteurs de riz qu’elle encadre.

La Fondation Dreyer est une organisation à but non lucratif, installée à Dano au sud-ouest du pays. Elle intervient dans le domaine de l’enrichissement des sols et de la promotion de nouvelles techniques culturales mais aussi dans l’éducation, la santé et la recherche. L’objectif principal de la fondation est l’autodétermination et l’autosuffisance des burkinabés.

La Fondation a aménagé des zones de production et encadre des groupements de producteurs qui s’y sont installés. Elle estime, à ce jour, à 800 le nombre potentiel de producteurs encadrés, qui pourrait doubler suite à leur association avec le ministère de la coopération allemande pour développement du projet. Cette convention de partenariat avec le CMBF a permis, en 2015, d’octroyer 135 crédits pour un total de 7 155 900 FCFA. Le montant de ces prêts varie de 10 000FCFA à 150 000FCFA et est fonction du besoin exprimé par chaque membre et étudié par la Fondation.

En février 2016, le CMBF a reçu Mr Dreyer et son équipe sur Bobo-Dioulasso afin d’échanger ensemble sur l’évolution de notre partenariat. Lors de cette rencontre, une visite terrain à Dano a été faite. L’équipe du CMBF a pu visiter les installations de la fondation Dreyer et réaliser l’ensemble du travail accompli. La convention 2016 a été signée à ce moment par Mr Philippe Arnold représentant officiel de la Fondation Dreyer et le représentant du CMBF.

A ce jour 113 dossiers ont été montés pour un total de 7 627 500FCFA.

Pour en savoir plus sur la Fondation Dreyer

Zoom sur le partenariat avec SAPHYTO

Le CMBF a signé une convention de partenariat en 2014 avec la première société de production et de commercialisation de produits phytosanitaires au Burkina Faso, Saphyto. Cette convention porte sur la mise en place d’un pack prêt intrants maïs dénommé « Pack Deme Saphyto ».

Le principe est de proposer aux sociétaires un crédit destiné à l’achat de l’ensemble des produits nécessaires à la culture d’un hectare de maïs (semence, engrais, etc).

En 2015, l’offre reste à développer notamment en termes de communication et d’anticipation des campagnes.

Forts de ces constats, il a été convenu que la campagne de commercialisation débuterait dès janvier appuyée par un plan de communication renforcé :

  • Une campagne radio ;
  • Des affiches, des flyers et des t shirts ;
  • 4 stagiaires dans des zones cibles pour l’aide à la prospection (Banfora, Orodara, Dédougou et Houndé) ;
  • Une formation et un argumentaire dédiés.

Par ailleurs, pour simplifier la vente du produit nous avons également proposé cette année un pack « Saphyto semencier », sur le même principe mais excluant la semence du pack, permettant ainsi de toucher un public plus large. En 2016, nous avons donc pu mettre en place 276 packs dont 105 en packs semenciers. Le produit démontre donc une véritable attractivité. A l’avenir, il conviendra d’étendre cette nouvelle offre à l’ensemble du territoire.

Pour en savoir plus sur Saphyto

Des maraîchers sur Brazzaville


L’une des réunions d’information
des maraichers

Depuis le mois de mars un partenariat multipartite est en cours de mise en place. Le réseau des MUCODEC est en relation avec la Direction générale des Grands Travaux en vue de permettre la réinstallation de 480 maraîchers sur Brazzaville. Ces derniers avaient en effet été expulsés suite à la construction de la route de la corniche. Les maraîchers qui ont fondé des groupements se verront ainsi octroyer des prêts par les MUCODEC en vue de l’acquisition de terrains. Un premier lot est en cours de négociation pouvant accueillir 237 maraichers sur des surfaces unitaires de 400m2. Les premiers prêts devraient être débloqués en fin d’année 2016. A terme ces maraichers pourront alimenter la population de Brazzaville et de ses environs. Ce projet est piloté par l’Agence Française de Développement (AFD).

Changement de dénomination en Centrafrique

Le 1er juillet 2016, le Crédit Mutuel de Centrafrique a changé de dénomination pour devenir Caisses Mutuelles de Centrafrique. La nouvelle dénomination et le nouveau logo rejoignent ce qui a été fait précédemment par les Caisses Mutuelles du Niger donnant ainsi une identité propre aux réseaux du CICM.

3 questions à Fabrice TROMEUR détaché au CMBF

Fabrice Tromeur a rejoint le réseau burkinabé au mois de décembre 2015 après une première expérience au Niger. En poste depuis quelques mois au Burkina Faso, il nous livre un premier regard sur le pays et l’impact du CMBF sur le plan local.

Quelle est la situation politique du Burkina Faso ?

La scène politique bukinabé a été particulièrement instable après le soulèvement populaire de 2014 qui a chassé Blaise Compaoré du pouvoir puis la tentative de coup d’état militaire sur le gouvernement de transition en septembre 2015. Depuis le 1er décembre 2015, le Burkina Faso a à nouveau un président en la personne de Roch Marc Kaboré.

Après les évènements relatés, une nouvelle période s’ouvre offrant au CMBF un cadre plus propice à son développement.

Néanmoins la persistance des tensions au Mali, par la présence de groupes terroristes islamistes renforce le sentiment d’insécurité régionale et pénalise les investissements.

Quel est justement le contexte économique ?

Le pays doit faire face à de nombreux défis.

Il faut savoir que le Burkina se classe 183ème sur 187 sur l’Indice de Développement Humain et le revenu brut par habitant est de 717 USD soit l’un des plus faibles au monde. Le pays est fortement dépendant des bailleurs de fonds internationaux.

Les revenus du pays s’appuient d’une part sur la production d’or et de coton (plus de 80 % des exportations), or le prix du coton a fortement chuté accentuant le déficit budgétaire. Une autre source de revenus est le tourisme. Après l’attentat de Ouagadougou en janvier 2016 et l’instabilité politique des dernières années, le développement touristique s’est ralenti. Les étrangers se sont recentrés essentiellement sur la capitale pour limiter les risques potentiels.

La préoccupation majeure du gouvernement est de promouvoir l’entreprenariat pour la création d’emploi. La presse (locale et numérique) fait largement écho de ces préoccupations dans ses éditoriaux. Mais aujourd’hui le manque d’infrastructures (transport, électricité, justice, éducation, santé) et de moyens financiers freinent le développement de l’activité économique.

Pour autant, l’activité commerciale du CMBF évolue favorablement.

Quels sont les enjeux pour le CMBF ?

Le CMBF est un réseau né en 2011 dans la deuxième ville du pays Bobo Dioulasso, capitale économique du pays. Dans un pays où le taux de bancarisation est de 14,13 %, c’est un réseau qui compte sur son secteur d’implantation dans la mesure où il y a très peu de concurrence tant au niveau des organismes bancaires que des Instituts de Microfinance. En effet, la majeure partie de ces derniers ont recentré leurs activités sur la capitale Ouagadougou.

Le CMBF est un employeur local qui compte et notamment pour l’embauche de jeunes diplômés. De ce fait, le réseau jouit d’une bonne réputation et d’un attachement certain de la population, notamment auprès du monde agricole.

Afin de répondre aux attentes de nos sociétaires, le CMBF doit :

  • Dynamiser le développement du réseau en proposant une nouvelle gamme de produits et des outils de suivi adaptés
  • Renforcer son expertise notamment en termes de conformité
  • S’appuyer encore davantage sur les partenariats en place comme ceux avec la Fondation Dreyer et Saphyto dans le domaine agricole

Partenariat CICM avec l’Ecole des Mines Paris

Depuis quelques mois, le CICM est en relation avec différentes écoles d’ingénieurs pour le développement d’applications informatiques. Ce choix de partenariat a été fait pour permettre à des élèves
ingénieurs de mettre en pratique leurs connaissances dans un environnement ouvrant d’autres horizons, de leur permettre de travailler pour le développement de la microfinance. Plusieurs écoles ont ainsi été contactées et ce sont surtout les juniors entreprises des grandes écoles qui ont répondu.

fabrice-tromeurCe type de partenariat doit nous permettre de renforcer nos outils en matière :
de développement d’applications informatiques ;
d’optimisation des flux télécom ;
de mesure du bilan social de nos actions ;
tout en apportant une expérience de terrain à de jeunes ingénieurs.

Ainsi après un premier appel d’offre courant juin 2016, le CICM a validé le développement de premières applications avec l’école des MINES Paris. Une première livraison est prévue en novembre 2016. Chaque application sera traitée par 2 élèves ingénieurs.

Après avoir mesuré la portée de ce premier partenariat, nous pourrons envisager de nouveaux projets en la matière.

3 QUESTIONS À
Fabrice TROMEUR
détaché au CMBF

Fabrice Tromeur a rejoint le réseau burkinabé au mois de décembre 2015 après une première expérience au Niger. En poste depuis quelques mois au Burkina Faso, il nous livre un premier regard sur le pays
et l’impact du CMBF sur le plan local.

Quelle est la situation politique du Burkina Faso ?

La scène politique bukinabé a été particulièrement instable après le soulèvement populaire de 2014 qui a chassé Blaise Compaoré du pouvoir puis la tentative de coup d’état militaire sur le gouvernement de transition en septembre 2015. Depuis le 1er décembre 2015, le Burkina Faso a à nouveau un président en la personne de Roch Marc Kaboré…

Quel est justement le contexte économique ?

Le pays doit faire face à de nombreux défis.
Il faut savoir que le Burkina se classe 183ème sur 187 sur l’Indice de Développement Humain et le revenu brut par habitant est de 717 USD soit l’un des plus faibles au monde. Le pays est fortement dépendant des bailleurs de fonds internationaux…

Quels sont les enjeux pour le CMBF ?

Le CMBF est un réseau né en 2011 dans la deuxième ville du pays Bobo Dioulasso, capitale économique du pays. Dans un pays où le taux de bancarisation est de 14,13 %, c’est un réseau qui compte sur son secteur d’implantation dans la mesure où il y a très peu de concurrence tant au niveau des organismes bancaires que des Instituts de Microfinance. En effet, la majeure partie de ces derniers ont recentré leurs activités sur la capitale Ouagadougou…

lire l’entretien en intégralité

PORTRAIT
Caroline Bourgeat Raffner
Au service du mutualisme

Caroline Bourgeat Raffner a rejoint le 1er juillet l’équipe parisienne du CICM en tant que chargée de mission. Mutualiste convaincue, elle a commencé sa carrière au Crédit Mutuel en 2003 au sein de la Fédération Centre Est Europe après des études en Finance. Son parcours « pépinière » l’amène à appréhender les différents postes de l’accueil à la fonction de chargée d’affaires professionnels. Après 4 ans passés en Alsace, elle rejoint l’Ile de
France à la caisse de Brunoy. En 2009, elle intègre l’école des Directeurs poussée par « le souhait d’entraîner une équipe dans un projet commun et de représenter les valeurs mutualistes ».

Elle prendra notamment la direction de la jeune caisse de Moret sur Loing, « une expérience passionnante car il a fallu créer une équipe, un projet et faire adhérer de nouveaux élus ». Elle interviendra en support pour les réseaux du Niger et de Centrafrique et sera appelée prochainement à être détachée auprès d’un réseau. Dotée d’un sens de l’écoute, de réactivité et de curiosité elle est également en charge de la communication du CICM.