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« EN TANT QUE CHIRURGIEN, JE SUIS COMME UN POMPIER PRÊT À AGIR EN CAS D’URGENCE »

« En tant que chirurgien, je suis comme un pompier prêt à agir en cas d’urgence »Le Docteur Michel Mwepu Ilunga travaille en tant que chirurgien avec ALIMA dans le nord du Mali depuis le 6 décembre 2016. Il s’est confié sur ses premières semaines sur le terrain et des défis auxquels sont confrontées les équipes médicales dans une région où les besoins sont énormes et où le conflit en cours continue de perturber la vie quotidienne.

Parlez-nous un peu de la situation actuelle dans le nord du Mali.

La situation sécuritaire dans le nord du Mali dépend du district, mais en général, dans les zones où nous intervenons, elle reste très fragile, volatile. A Diré, où ALIMA a sa plus grande base, les choses sont relativement calmes, mais parfois marquées par des combats ou des attaques. Par exemple, il y a eu récemment une confrontation entre des miliciens à Diré et une attaque armée à Bouren Sidi Amar. Il y a parfois des incidents entre des groupes de familles rivales.

A Goundam, l’insécurité est plus fréquente en termes d’incidents et les problèmes sont plus souvent de type criminel, tels que les vols, les détournements de véhicules, les pillages de boutiques, les vols de bétail et les invasions de villages pour voler. Ces types d’incidents ont vraiment un impact sur nos activités car ils réduisent les mouvements de nos équipes qui doivent se rendre chaque jour dans les centres de santé pour apporter leur soutien en prenant soin des patients, en référant les patients à l’hôpital si besoin, en supervisant le personnel ou en approvisionnant les centres. Nous voyons également des affrontements entre des groupes armés dont l’identité est difficile à connaître. Mais le plus grand défi est la présence de groupes radicaux dans la région, qui créent souvent des embuscades contre les forces de sécurité nationales et internationales, en particulier sur la route entre Goundam et Tombouctou.

En général, ces incidents ne ciblent pas ALIMA ni son partenaire malien AMCP. Nos organisations sont bien connues dans le secteur et acceptées par la population. Cependant, ces incidents ont entraîné des afflux de blessés dans les établissements de santé soutenus par ALIMA / AMCP, en particulier dans la salle d’opération et le service chirurgical de Goundam. Nous sommes confrontés à une population fragile, privée, vulnérable à tous les types de maladies.

 

Pouvez-vous décrire une journée typique au travail?

En tant que chirurgien, je suis comme un pompier prêt à agir en cas d’urgence. Nous rencontrons souvent des patients confrontés à des blessures graves où le pronostic vital est en danger, situations dans lesquelles nous devons faire tous les efforts pour fournir des soins de qualité, malgré nos ressources limitées et nos conditions de travail difficiles.

Les besoins de la population en termes de santé sont de plusieurs types, notamment les soins préventifs, comme l’éducation de la communauté sur les questions de santé, ou les soins curatifs, comme la chirurgie. Les cas d’urgence traumatique que nous voyons sont souvent des blessures liées au conflit, généralement des blessures par balle ou par couteau. Il y a aussi un nombre important de patients qui ont été blessés dans des accidents de voiture. Nous voyons également beaucoup de femmes enceintes qui ont des complications pendant l’accouchement et qui ont besoin de chirurgie obstétricale.

Pour moi, une journée commence toujours par vérifier l’état clinique des patients du service de chirurgie, ainsi que d’autres patients en hospitalisation. Les consultations chirurgicales se déroulent pratiquement tous les jours et n’ont pas d’heures précises. Je suis souvent demandé par divers services pour donner des conseils et évaluer si les patients ont besoin de chirurgie. Je suis dans la salle d’opération presque tous les jours, je supervise diverses urgences qui pourraient nécessiter une intervention chirurgicale à tout moment de la journée ou la nuit.

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre travail?

Être capable de guérir des patients qui risqueraient une mort certaine sans traitement, les aider à retourner dans la société, prévenir les complications qui peuvent être handicapantes, et effectuer des diagnostics précoces, même avec des recours limités, sont parmi mes plus grandes fiertés.

Beaucoup d’histoires de patients m’ont marqué. Par exemple, un enfant de 10 ans atteint de fièvre typhoïde a été admis avec une péritonite aiguë, une urgence mortelle due à une infection de l’abdomen. Il était très sous-alimenté et avait une septicémie sévère. Il a fallu trois interventions chirurgicales et un mois à l’hôpital pour qu’il guérisse complètement. Non seulement il a guéri physiquement, mais il a aussi retrouvé son sourire et sa joie de vivre qu’il avait complètement perdus.

Depuis 2011, ALIMA collabore avec l’Alliance Médicale Contre le Paludisme (AMCP), une ONG malienne dédiée à rendre les soins de santé plus accessibles et à réduire la mortalité liée au paludisme.

Dans le nord du Mali, ALIMA et AMCP soutiennent 35 centres de santé communautaire et deux hôpitaux de district – y compris une salle d’opération – dans les districts de Diré et Goudam dans la région de Tombouctou, offrant un accès gratuit aux soins de santé. Dans le district de Goudam, ALIMA / AMCP a amélioré l’accès à l’eau et à l’assainissement sur deux sites pour les personnes déplacées.

En 2016, plus de 165 000 consultations, 5 500 hospitalisations, 3 600 naissances et 433 interventions chirurgicales ont été enregistrées par ALIMA dans les hôpitaux de district de Diré et Goundam.

Photo : ALIMA


FORMER LES MÈRES À DÉTECTER LA MALNUTRITION PEUT AVOIR UN IMPACT MAJEUR DANS LE DIAGNOSTIC PRÉCOCE:

Dakar, Niamey, 6 septembre 2016. Apprendre aux mères et aux autres membres de la famille à dépister les enfants souffrant de malnutrition peut conduire à une détection plus rapide et moins d’hospitalisations, selon une nouvelle étude publiée aujourd’hui dans la revue Journal Archives of Public Health.

chd-alimaL’étude, Mothers screening for malnutrition by mid-upper arm circumference is non-inferior to community health workers: results from a large-scale pragmatic trial in rural Niger, a comparé deux stratégies de dépistage dans des zones de santé distinctes du district de Mirriah, dans le Niger rural, entre 2013 et 2014.

Dans une des zones de santé, près de 13 000 mères et autres membres de la famille ont dépisté leurs enfants après avoir reçu une brève formation sur la façon d’identifier les œdèmes et d’utiliser le MUAC, un bracelet coloré qui permet de mesurer le périmètre brachial. Dans l’autre zone de santé, les agents de santé communautaires ont effectué les dépistages de malnutrition, conformément aux recommandations actuelles.

Dans la zone où les mères dépistaient la malnutrition elles-mêmes, les enfants admis pour traitement étaient dans un stade moins avancé de malnutrition. Cela signifie qu’ils étaient également moins susceptibles d’avoir besoin d’être hospitalisés que les enfants qui étaient dans la zone des agents de santé communautaire, à la fois à l’admission et durant tout autre phase du traitement. Les coûts globaux ont été sensiblement plus faibles dans la zone où les mères ont appris les techniques de dépistage.

« Les mères voient leurs enfants chaque jour et sont les mieux placées pour détecter les premiers signes de la malnutrition », a déclaré le Dr Sayadi Sani, coordinateur de l’organisation nigérienne BEFEN. « Cette étude montre que faire d’elles le point focal des stratégies de dépistage avec un simple outil comme le bracelet MUAC peut être une véritable révolution dans les efforts mondiaux pour lutter contre la malnutrition. »

Certains des auteurs de l’étude ont comparé les bracelets MUAC aux thermomètres : un outil que les parents peuvent utiliser à la maison pour détecter un problème dès les premiers signes, et qui indique quand rechercher des soins médicaux pour leur enfant.

« L’idée est si simple et l’impact potentiel sur la réduction de la morbidité et de la mortalité liées à la malnutrition est si grand », a déclaré le Dr Susan Shepherd, experte médicale pour ALIMA. « Aider les parents à savoir quand leur enfant a besoin d’aide peut créer un bond en avant dans la réponse médicale apportée aux enfants souffrant de malnutrition. »

Les rubans colorés MUAC pour déterminer l’état nutritionnel d’un enfant existent depuis des dizaines d’années, mais ils ont été principalement utilisés par les humanitaires, les professionnels de santé ou les agents de santé communautaire. En 2011, ALIMA et son partenaire nigérien BEFEN ont été les premiers à enseigner aux mères comment utiliser cet outil simple et peu coûteux.

« Je suis sûr que cette publication aura une influence majeure sur les décideurs politiques », a déclaré Dr André Briend, de l’Université de Tampere et l’Université de Copenhague. « Elle contribuera à améliorer la détection précoce et la gestion globale des enfants souffrant de malnutrition sévère. »

Les agents de santé communautaire continueront à faire partie intégrante de la réponse sanitaire auprès des populations. Mais à cause de leurs nombreuses responsabilités, ils ne peuvent généralement dépister les enfants qu’au mieux une fois par mois. Enseigner aux familles à utiliser le MUAC au sein du foyer est une meilleure utilisation de leurs compétences, et cela met en valeur le rôle central que les parents peuvent jouer dans le processus de détection.

Aujourd’hui, on estime que plus de 50 millions d’enfants souffrent de malnutrition aiguë, dont au moins 16 millions souffrent de la forme la plus sévère. Même avec l’augmentation spectaculaire de la disponibilité des traitements au cours de la dernière décennie, seulement 10 à 15 pourcent des enfants atteints de malnutrition aiguë sévère sont traités. Mettre les mères au centre des stratégies de dépistage pourrait être une étape clé pour accroître l’accès au traitement dans les zones où la malnutrition pose un risque élevé de décès ou de maladie.

« Il n’y a pas d’approche universelle pour la formation des familles au MUAC, mais ALIMA a commencé à former des dizaines de milliers de mères dans les programmes au Niger, au Tchad, au Mali et au Burkina Faso », a déclaré Dr Ali Ouattara, Directeur des opérations adjoint d’ALIMA. « Espérons que dans les années à venir, tous les parents sauront utiliser les bracelets MUAC dans les zones où la malnutrition est un vrai fléau. »

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The Alliance For International Medical Action (ALIMA) est une organisation médicale humanitaire qui travaille main dans la main avec un réseau d’organisations médicales locales pour fournir des soins médicaux de qualité aux personnes les plus vulnérables lors de situations d’urgence et de crises récurrentes. ALIMA et ses partenaires effectuent des recherches de pointe pour améliorer la médecine humanitaire.

Basée à Dakar, au Sénégal, ALIMA a traité plus de 2 millions de patients dans 12 pays depuis sa création en 2009 et a lancé 10 projets de recherche axés sur la malnutrition, le paludisme et le virus Ebola.

***Lien direct de l’étude :http://archpublichealth.biomedcentral.com/articles/10.1186/s13690-016-0149-5

***Le mode d’emploi sur la façon d’intensifier la formation des mères et d’autres membres de la famille au dépistage de la malnutrition est disponible sur cette page : http://alimaong.org/fr/les-meres-meilleur-atout-pour-prevenir-la-malnutrition/